Analyse

La saga du parking, chapitre 1 : le serpent de mer yverdonnois

Cela fait plus d’un demi-siècle qu’on parle de faire un parking souterrain sous la place d’Armes à Yverdon afin de faire disparaître les voitures de la surface. Retour sur l’histoire de la Place d’Armes et sur les événements des trois dernières législatures.

Gravure : un serpent de mer qui s'enroule autour d'une place et de ses voitures, comme une rumeur qui revient depuis soixante ans

Cela fait plus d’un demi-siècle qu’on parle de faire un parking souterrain sous la place d’Armes à Yverdon afin de faire disparaître les voitures de la surface. Est-ce que ce projet verra le jour une fois? Est-il encore réaliste? Est-ce qu’on arrivera encore à convaincre d’investir à Yverdon? Retour sur l’histoire de la Place d’Armes et sur les événements des trois dernières législatures.

La «place de la magie en poudre»

La Place d’Armes est un des espaces centraux et emblématiques de notre ville, situé entre le centre historique et la gare CFF et sa zone industrielle. Son nom nous vient de son usage historique, comme place utilisée pour des rassemblements et des manœuvres militaires.

C’est donc un espace d’histoire et de modernité qui a évolué avec notre ville, du moins sa période récente, puisque ce sont les corrections successives des eaux du Jura qui ont permis de sortir cet espace du lac. Avant, le rivage du Lac de Neuchâtel se situait vers la rue des Remparts. Historiquement la Place d’Armes appartient donc plutôt aux poissons et aux plongeurs.

La fin du XIXème, puis le début du XXème verront les constructions successives du Casino, du Collège et du kiosque à musique. Kiosque à musique d’ailleurs récemment supprimé de Google Map après que des plaisantins aient renommé l’endroit «place de la magie en poudre». Il est vrai que l’on n’entend pas très souvent jouer les musiciens qui occupent aujourd’hui l’endroit.

Un parking depuis les années 60

C’est dans les années 60 que la place a été transformée en parking et c’est depuis cette époque que l’on parle de construire un parking souterrain afin de faire disparaître les véhicules en sous-sol. En 1981, la construction du Jardin Japonais a amené un espace de verdure et de fraîcheur au milieu des parkings, un espace depuis resté emblématique de notre ville et apprécié par toutes les générations et même loin de la Suisse, puisque notre parc attire depuis quelques années une nouvelle forme de tourisme, diversement appréciée.

Au début des années 2010, sous une Municipalité et un Conseil communal à majorité de gauche (puisque pour certains cette dénomination fait encore sens… nous y reviendrons), un crédit d’étude de 2 millions était voté (PR12.13PR) afin de lancer un projet de requalification de la surface et de trouver un investisseur pour construire et gérer un projet de parking souterrain de 1000 places, afin de «restaurer l’attractivité du centre-ville d’Yverdon-les-Bains» et de suivre la croissance démographique de la population.

À cet effet furent lancés une démarche participative auprès de la population, un concours de projet pour le réaménagement de surface et un appel d’offre pour le partenariat public-privé. Il en résulta le projet de surface qui fut affiché jusqu’à récemment à la gare.

75 ans, c’est tout?

Durant la législature suivante, alors que l’alternance politique s’était faite encore une fois à Yverdon et qu’une majorité de «droite» (vieux concept, mais utile pour raconter l’histoire) était désormais en place, la nouvelle majorité a décidé… de continuer le projet de la Municipalité de gauche en reprenant tel quel ce qui avait été fait et ainsi fut émis le préavis PR18.26PR qui proposait la réalisation du parking avec un promoteur qui en réalisait la construction à ses frais en échange de l’exploitation du parking pour une durée de 75 ans avec un plafonnement du prix du stationnement à 2 francs l’heure. Après les 75 ans, l’ouvrage redevenait propriété pleine et entière de la ville.

Un deal formidable qui aurait dû enthousiasmer ceux qui avaient lancé le projet, puisque tout ce qu’ils avaient annoncé était là et le projet de surface était strictement conforme au projet issu de la démarche de la Municipale Verte en charge de l’urbanisme sous la précédente législature. Malheureusement… c’est là que le projet commença à devenir otage des petits arrangements politiques au service d’ambitions personnelles…

La suite de la saga du parking dans les chapitres 2 et 3.

Article paru dans le Journal pour Tous n°1 (janvier 2025).