Analyse

La saga du parking, chapitre 3 : la Municipalité aurait-elle menti ?

Début 2022, beaucoup pensaient encore que l’accord PLR-PS conclu lors de la précédente législature serait respecté, malgré l’alternance politique. Le dossier semblait pourtant s’enliser.

Gravure : un dossier fermé par un gros cadenas rouge, posé sur une pile de documents

En 2021, le Parti socialiste, les Verts et leurs alliés d’extrême gauche ont remporté les élections municipales, et la nouvelle Municipalité a pris ses fonctions en juillet de cette même année.

Début 2022, beaucoup pensaient encore que l’accord PLR-PS conclu lors de la précédente législature serait respecté, malgré l’alternance politique. Après tout, le projet de parking sous la Place d’Armes était le fruit d’un compromis gauche-droite, initié par une majorité rose-verte. De plus, le contrat avec le constructeur avait été signé après le vote favorable du Conseil communal et l’échec du référendum et une rupture de contrat impliquait des millions de pénalité. Cependant, le dossier semblait s’enliser. La Municipalité avait également signé un accord controversé avec l’Association Transport et Environnement (ATE), qui suscitait des inquiétudes. Certains élus, notamment les Verts libéraux, redoutaient que la ville ne se retrouve prise en otage par une association de lobbying sans aucune légitimité démocratique.

Les commerçants se mobilisent

Alors que des rumeurs circulaient au sein du Parti socialiste, affirmant que le projet de parking était bloqué par le Canton, une pétition en faveur du parking a été lancée par les commerçants de la ville. En seulement deux mois, elle a recueilli 3 700 signatures.

En avril 2022, après une déclaration publique d’une Municipale affirmant que le Canton aurait refusé le projet, Laurent Roquier, ancien président du PLR, a déposé une interpellation au Conseil communal pour demander des clarifications. Il exigeait notamment la transmission du document Cantonal et voulait savoir si le refus était définitif. La Municipalité a mis plusieurs mois à répondre.

En été 2022, la Municipalité a affirmé que toutes les informations utiles étaient contenues dans sa réponse, refusant de transmettre le document Cantonal.

À la question de savoir si le rapport du Canton bloquait le projet, la Municipalité a répondu par des circonvolutions : «Il existe un risque très important qu’au terme de la procédure, les plans ne soient pas approuvés par le Canton.» En résumé, le projet n’était pas bloqué, mais la Municipalité préférait ne pas prendre de risque, vu autrement, elle avait renoncé devant un mini obstacle qui l’arrangeait.

Un projet réduit et controversé

En novembre 2022, la Municipalité annonçait qu’elle poursuivait le projet de parking, mais en présentant une version réduite à 430 places, bien loin des 1 000 places prévues initialement dans l’accord de 2019. Cette réduction soulevait des questions : pourquoi réaliser un parking de 430 places pour remplacer les 800 places en surface? Ce projet semblait voué à l’échec, donnant l’impression que la Municipalité présentait à dessein un projet dont personne ne voudrait. On était en tout cas très loin de l’accord de 2019 nommé «Un pas commun pour le futur d’Yverdon-les-Bains» que le PS avait conclu et signé avec le PLR pour la réalisation d’un parking de 1000 places.

La vérité révélée

Sous la pression des médias et de l’épée de Damoclès de la loi sur la transparence, la Municipalité a finalement publié le document Cantonal de 28 pages, daté de juin 2021. Ce document contenait des avis d’une dizaine de services du Canton. Il demandait certaines précisions, notamment sur les nuisances sonores et l’ajout de végétation aquatique, mais rien d’insurmontable.

Difficile de comprendre que rien n’avait été fait en près de 2 ans pour clarifier ces demandes de précisions. Toutefois, le rapport soulevait des objections plus surprenantes sur la mobilité. Par exemple, il suggérait de tenir compte de la zone commerciale de Chamard pour le développement du centre-ville d’Yverdon, au nom du «plan climat». En d’autres termes, il sous-entendait que les commerces du centre-ville pouvaient être abandonnés au profit des zones commerciales périphériques de la commune voisine.

Gravure : un centre-ville vide d'un côté, une grande zone commerciale de l'autre
Le centre-ville d’un côté, la zone commerciale de Chamard de l’autre.

Conclusion

La Municipalité n’a pas menti, mais elle a caché la vérité le plus longtemps possible.

Plutôt que de contester les demandes irrationnelles du Canton, elle a préféré se soumettre. Si vraiment le Canton nous avait demandé de sacrifier notre centre-ville au profit de la zone commerciale en Chamard, voilà qui méritait que nos autorités se battent plutôt que de cacher les choses après 2 ans.

Nous avons ici un parfait exemple du paradoxe d’une écologie dogmatique. La mise en œuvre de la doctrine des «villes sans voiture» dans de nombreuses petites villes françaises a systématiquement conduit au même résultat : les centres-villes se vident, au profit de vastes zones commerciales en périphérie, accessibles uniquement en voiture.

Ce modèle bénéficie avant tout aux grandes chaînes de distribution, au détriment des petits commerçants locaux, tout en générant davantage de trafic et en accélérant l’étalement urbain. Une approche qui prétend réduire l’empreinte écologique, mais qui, en réalité, aggrave les problèmes qu’elle prétend résoudre.

Nos autorités devraient défendre les intérêts de la ville et de ses commerçants. Au lieu de cela, elles ont accepté des arguments qui condamnent le centre-ville au profit des zones commerciales avec parkings d’autres communes.

Il est temps d’élire des responsables politiques qui tiennent parole et qui se battent pour les habitants, plutôt que de se soumettre à des idéologies bureaucratiques.

Article paru dans le Journal pour Tous n°1 (janvier 2025).