Entre 2018 et 2019, une commission du Conseil communal s’est réunie à six reprises pour examiner le préavis PR18.26 portant sur la construction d’un parking souterrain sous la Place d’Armes, dans le cadre d’un partenariat public-privé avec le groupe Marti-Amag. Selon cet accord, l’investisseur privé prenait à sa charge les coûts de construction en échange d’un droit d’exploitation de 75 ans, avec un tarif horaire plafonné à 2 CHF.
Une alliance politique inattendue
Le projet a suscité des oppositions, notamment de la part des Verts, bien qu’il soit ironique de noter que les travaux préparatoires qui avaient mené au plan d’aménagement de surface avaient été dirigés par une Municipale Verte. Même à droite, quelques doutes persistaient. Face à ces tensions, une alliance inédite s’est formée entre Jean-Daniel Carrard, alors syndic, et Pierre Dessemontet, aujourd’hui syndic. Ce dernier a pris l’initiative de convaincre le Parti socialiste de soutenir le projet de parking de 1 000 places en échange d’un rattrapage de l’offre parascolaire à Yverdon. Un accord interpartis a été signé par plusieurs figures politiques locales : Jean-Daniel Carrard, Jean-Claude Ruchet, président du PLRY Laurent Roquier, et Julien Wicki, candidat socialiste à la Municipalité. L’UDC, pourtant favorable au projet, a été exclue de cet accord afin de ne pas froisser les Verts.
Le vote du Conseil communal
Le 7 mars 2019, le Conseil communal a voté en faveur de la construction du parking, avec le soutien du PLR, du PS et de l’UDC, à quelques exceptions près. Le calendrier prévoyait une finalisation des travaux pour 2024. Suite au vote du Conseil, un délai référendaire était ouvert, permettant aux opposants de recueillir des signatures pour demander une votation populaire.
Un compromis difficile
Les socialistes préféraient initialement un parking de 800 places, tandis que la droite militait pour 1 100 à 1 300 places. Le compromis de 1 000 places, avec une réduction du nombre de places de stationnement en surface, était un accord centriste. Il semblait satisfaire toutes les parties, y compris l’investisseur privé, sans qui le projet n’aurait pas pu voir le jour. Cependant, le compromis s’est avéré difficile à accepter pour les Verts. Bien qu’ils aient initialement soutenu l’idée d’un parking souterrain, ils ont fini par rejeter l’idée d’un parking de 1 000 places. Certains plaisantaient que les Verts auraient préféré un parking souterrain avec zéro place pour les voitures et 10 000 places pour les vélos électriques.
Une scission à gauche
Ce vote a provoqué une rupture entre les socialistes et les Verts. L’ambiance sur la Place Pestalozzi est devenue glaciale. Un homme de gauche, Alain Doll, a eu le courage de lancer un référendum contre le projet. Mais à la surprise générale, les Verts ne l’ont pas soutenu. Pourquoi? La raison est simple : les opposants savaient que la majorité des Yverdonnois souhaitaient ce parking. Soutenir le référendum aurait été une démarche impopulaire, risquant d’aboutir à une défaite dans les urnes. Si les Yverdonnois avaient voté en faveur du parking, une future majorité de gauche aurait été contrainte de réaliser le projet. Finalement, Alain Doll a mené son combat presque seul. Il a récolté près de 1 000 signatures, ce qui est honorable, mais insuffisant. Il en fallait 3 000 pour déclencher un référendum.

Une décision indirecte
La démocratie directe n’a donc pas été sollicitée. Avec le recul, les partisans du parking auraient peut-être dû provoquer un référendum spontané. Cela aurait permis aux citoyens de s’exprimer clairement, rendant le résultat moins discutable.
Les élections de 2021
Lors de la campagne pour les élections communales de 2021, la question du parking a été habilement maniée par les partis de gauche. Certains candidats affirmaient que le projet serait poursuivi, d’autres qu’il serait réévalué. Chaque électeur pouvait entendre ce qu’il souhaitait. La conférence de presse du Parti socialiste pour les élections communales de 2021, encore disponible sur leur page Facebook, illustre bien cette ambiguïté. On y entend des positions contradictoires, mais cela s’explique par le «paradoxe du politicien», une stratégie que nous détaillerons dans le chapitre suivant de ce feuilleton, ainsi que dans l’article du même nom.
Article paru dans le Journal pour Tous n°1 (janvier 2025).


